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Science humaines & Sociales - Sociologie |
Ajoutée le 25 Octobre 2011
Par zildjan.
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La véritable nature de la Brigade Anti Criminalité et des ses policiers
Voiçi un témoignage receuilli par télérama, d'un homme qui pendant 15 mois de suite a suivie une unité de la BAC, ce livre qui retrace un témoignage passionnant nous révèle la véritable nature de cette brigade et de la politique mise en avant lors de la prise de pouvoir de notre président actuel, Nicolas Sarkozy.
Avec "
La Force de l'ordre", c'est un livre unique, passionnant et salutaire que publie l'anthropologue et sociologue Didier Fassin. Unique, car aucun chercheur n'avait pu suivre d'aussi près et aussi longtemps les fameuses patrouilles de la brigade anticriminalité (BAC), "la police des cités". Fassin a passé quinze mois avec ces fantassins de "la guerre contre la délinquance", dans une circonscription de banlieue parisienne. Passionnant parce que l'anthropologue livre un récit haletant de ses virées nocturnes, avec un sens de l'exactitude que l'on chercherait en vain dans les séries policières françaises, et une rigueur implacable dans l'analyse. Salutaire pour ces flics doublement trompés, sur la mission qui leur est confiée et les moyens qui leur sont alloués ; pour les victimes de leurs frustrations habitant ces cités ; et pour toute la société , baladée depuis des années par des statistiques manipulées. Dans les banlieues, "la guerre contre la délinquance" est le cache-sexe de l'insécurité sociale. Avec
La Force de l'ordre, il devient transparent.
Pourquoi a-t-on créé les BAC?
La première BAC a été créée à Paris en 1971, mais ce n'est que dans les années 1990 que ces unités ont pris la forme que nous leur connaissons aujourd'hui, à savoir: des policiers en civil circulant en véhicule banalisé avec une activité principalement orienté vers le flagrant délit. Les BAC interviennent à la fois sur des problèmes de sécurité publique, notamment de délinquance, et à un moindre degré d'ordre publique, par exemple en cas d'affrontement. Leur distribution sur le territoire correspond presque exclusivement aux zones urbaines sensibles. Pour le dire vite, elles sont devenues une polices des cités - le bras armé de la politique sécuritaire. S'interroger sur ce qu'elles font est donc légitime. Or, au terme de mon enquête, force est de constater qu'elles font tout à fait autre chose que ce pour quoi elles ont été créées.
Que font-elles alors?
La principale activité de ces policiers c'est la patrouille en voiture dans les communes de leur circonscription. Ils peuvent intervenir de deux façons: en réponse à l'appel d'un habitant, ou en prenant l'initiative du contact avec la population. Problème: il y a beaucoup de sollicitations qu'on pourrait l'imaginer - souvent deux, trois appels seulement dans la nuit, voire zéro - et qui ne débouchent généralement sur aucune mise en cause, soit parce qu'ils sont insignifiants (ou l'objet de canulars), soit parce que les forces de l'ordre arrivent trop tard (un vol de portable à l'arraché ne prend que quelques secondes). Un membre de la BAC me racontait ainsi qu'en sept années de service il n'avait "fait" qu'un cambrioleur en flagrant délit encore, avait-il ajouté, "le type s'était laissé enfermer comme un con dans le pavillon qu'il tentait de cambrioler et [il] n'a eu qu'à le cueillir".
La mission de ces gardiens de la paix - attraper des voleurs - n'est donc pas remplie?
C'est non seulement leur mission, mais aussi, pour beaucoup, leur vocation: "Nous avons fait ce métier pour attraper des voleurs et des voyous", me répétaient-ils souvent. On imagine leur frustration d'en arrêter si rarement - certains quittaient d'ailleurs la BAC pour ça. Mais, inaction ne signifie pas inactivité: ces policiers travaillent, et il leur faut leur reconnaître un certain mérite de le faire dans ces conditions. Simplement, l'équation qu'ils ont à résoudre ressemble à la
quadrature du cercle: d'un côté, on leur impose un modèle de patrouille confortable mais peu efficace en terme de flagrant délit ; de l'autre, on leur demande, au nom de la politique du chiffre, d'effectuer un nombre croissant de mises en cause et même d'interpellations.
Comment résolvent-ils cette contradiction ?
Ils en sont réduis à "faire" des ILE (infraction à la législation sur les étrangers) et des ILS (infractions à la législation sur les stupéfiants), autrement dis à contrôler des "sans papiers" et arrêter des "shiteux", comme ils disent. Se concentrer sur ces deux délits présente un double avantage: ils atteignent à peu de frais les objectifs qu'on leur impose, et améliorent le taux d'élucidation, puisque la reconnaissance du délit s'accompagne dans les deux cas de l'identification du coupable... Certains policiers se satisfont du rôle qu'on leur fait jouer, mais beaucoup s'en plaignent aussi, ils se rendent compte qu'ils sont loin de répondre à la demande de sécurité de la population, et qu'ils servent avant tout la communication du pouvoir en "faisant du chiffre".
Quelles relations entretiennent-ils avec les populations locales ?
Le travail des patrouilles en voiture crée une distance avec la population, surtout avec les groupes les plus stigmatisés - ceux qui appartiennent aux minorités. Cette distance est d'autant plus grande que, faute de pouvoir arrêter des délinquants, les forces de l'ordre en sont réduites à multiplier les contrôles d'identité dans les lieux publics et les cités, situation qui génère évidemment une méfiance réciproque. Les policiers de la BAC, qui sont les plus souvent originaires du milieu rural ou de petite villes de province, considèrent la population des quartiers comme ennemie dans son ensemble: ils reconnaissent eux-même ne pas savoir faire la distinction "entre les voyous et les gens biens".
Les chiffres du ministère de l'Intérieur ne montrent-ils pas une augmentation de la criminalité ?
L'interprétation des statistiques est un exercice complexe. Les pratiques ont changé ces dernières années, qu'il s'agisse des déclarations faites par les victimes ou de l'enregistrement des délits par les policiers. Aujourd'hui, ces statistiques occupent une place centrale dans le débat public et font l'objet de manipulations, selon qu'on veut inquiéter ou rassurer, valoriser les performances de la police ou dénoncer son impuissance. Et pourtant, il y a des faits indéniable: d'abord, l'incidence de la plupart des crimes et délits, en particulier les plus graves comme les homicides, diminue depuis plusieurs décennies, une baisse due à l'évolution de la société plutôt qu'aux politiques de sécurité. Ensuite, les principaux chiffres de la délinquance ne sont pas plus préoccupants dans les cités, sur lesquelles se concentrent pourtant les forces de l'ordre, que dans les agglomérations environnantes. Mettre en place une autorité indépendante, capable de rétablir la vérité des chiffres, devrait donc être une priorité.
"La guerre contre la délinquance", déclarée par Nicolas Sarkozy, n'a donc pas lieu ?
Que cherche-t-on à faire, exactement, quand on contrôle les même jeunes plusieurs fois dans la même semaine, comme le font certains policiers ?
En mettant en scène de manière humiliante la fouille au corps et en l'accompagnant de remarques insultantes et de gestes brutaux, dans l'attente d'une réplique pouvant être traduite en outrage ou d'une résistance potentiellement requalifiée en rébellion ? L'objectif n'est pas de défendre la sécurité publique, mais bien d'imposer un ordre social. Pour les garçons de ces quartiers, les interactions avec la police sont une forme singulière d'éducation civique: on leur apprend la place à tenir dans la société, le respect du pouvoir et la méfiance de l'autorité. Leurs parents le savent: ils apprennent très tôt à leurs enfants à ne jamais "répondre aux provocations de la police". Et ceux-ci comprennent vite: il est exceptionnel que ces jeunes manifestent ouvertement leur colère ou leur ressentiment à l'égard des forces de l'ordre.
Les séries télévisées et les enquêtes de télévision rendent-elles bien compte de l'expérience des policiers ?
Les séries américaines le font.
The Shiels, qui transposait l'histoire vraie d'une brigade antigang de Los Angeles dont la brutalité et la corruption avaient fait scandale aux États-Unis, connaissait un succès particulier auprès des membres de la BAC que je côtoyais: ils avaient affiché dans leur bureau plusieurs portraits du héros, Vick Mackey, le bad cop de la brigade. J'imagine que cette série leur faisait vivre - en imagination - les aventures que leur morne quotidien ne leur offrait pas. Mais
The Wire, inspiré du travail de la police de Baltimore, est plus réaliste, par son attention à l'ordinaire et à l'ennui, à l'ambiguïté des rôles et à la banalité des dérapages.
Quid de la violence physique?
Hormis quelques interpellations et de rares affrontements au cours desquels les brutalités policières pouvaient conduire les individus concernés, ou de simple témoins à l'hôpital, l'usage excessif de la force n'était pas fréquent durant mon enquête. Pour les juges comme pour les chercheurs, ces excès semblent résumer de la violence des forces de l'ordre ; pour moi, ils n'en sont ni la forme la plus fréquente , ni l'expression la plus préoccupante.
C'est la violence morale, cette mortification qui consiste à abaisser les jeunes par l'intimidation, la vexation et les brimades (si possible des voisins ou des parents), qui me paraît le plus problématique parce qu'elle atteint la personne dans sa dignité , et qu'elle révèle la cruauté de ce ceux qui l'exercent.
D'où vient l'impression que ces policiers "se font justice" eux-même?
Le discours récurrent des policiers est le suivant: "Nous, on attrape des délinquants, et les juges les relâchent." Le gouvernement a largement contribué à diffuser cette idée d'une justice laxiste. Or, bien au contraire, elle est de plus en plus sévère. D'abord, la loi la contraint à l'être ; ensuite, le pouvoir politique exerce sur elle une pression de plus en plus forte. Mais les magistrats ne peuvent condamner que s'ils disposent de preuves réunies selon des procédures légales... que bien souvent les policiers de la BAC ne peuvent pas leur donner. Du coup, les policiers ont le sentiments de "travailler dans le vide", ce qui signifie selon eux de "se faire justice" en harcelant par exemple certains individus par des contrôles d'identité ou des interpellations dont le seul but est, selon leur propres termes, de leur "pourrir la vie". Ou en lançant des expéditions punitives sur un immeuble ou un quartier, pour "faire payer" aux habitants le méfait commis par l'un des résidents.
Racistes, les policiers de la BAC?
Toutes les études, partout dans le monde, montrent la banalité du racisme au sein des forces de l'ordre, et la police française ne fait pas exception - même si racisme ne veut pas dire automatiquement pratiques discriminatoires. Ce qu'on appel souvent "le délit de faciès" est banal, et s'est développé ces dernières années à l'encontre des minorité d'origine africaine ou rom: les objectifs chiffrés d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière conduisent les policiers à sélectionner sur l'apparence physique les individus qu'ils vont contrôler. Mais la discrimination est aussi une réalité qualitative - la façon de parler, la manière de traiter les individus auxquels on s'adresse quand on est policier. Or ces pratiques sont à géométrie variable: une jeune de cité, par exemple, a bien plus de risques d'être fouillé qu'un étudiant de l'université voisine ; et si on trouve un peu de cannabis dans ces poches, il risque l'interpellation quand l'étudiant, lui, se fera seulement réprimander.

Vous dressez un tableau pathétique de la mission de la police dans les banlieues. Comment en est-on arrivé là ?
Pathétique, ou peut être
tragique. Un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur comparait devant moi certaines BAC à des "meutes" qui, dans les cités, allaient "produire plus de dégâts que régler de problèmes". Q'un proche du pouvoir actuel parvienne à cette conclusion en dit long sur la politique sécuritaire conduite dans les quartiers où, selon la formule de Walter Benjamin, l'exception est devenue la règle, où la loi ne s'applique pas de la même façon pour tous, voire... ne s'applique plus du tout pour certains. Mais prendre pour cible d'une politique d'exception les groupes les plus défavorisés et le plus vulnérable de notre société, au moment où les disparités sociales et territoriales qui les affectent ne cessent de s'accroître, n'est pas l'effet du hasard: la politique sécuritaire vise à la fois à occulter les inégalités et à sanctionner une seconde fois ceux qui en sont les victimes. Plutôt que de dénoncer les force de l'ordre, j'ai voulu avec ce livre montrer les conditions sociales et politiques qui rendait possible ce "petit état d'exception", et lever le voile sur cette réalité mal connue, cette injustice ordinaire. C'est une tâche fondamentale des sciences sociales que de rendre visible ce qui ne l'est pas, et intelligible ce que, parfois, nous ne parvenons plus à comprendre. Ce qui se passe dans les banlieues aujourd'hui n'est pas marginal. L'enjeu nous concerne tous - c'est la société que nous somme en train de construire pour nos enfants.
Pour finir voiçi un petit descriptif de la BAC, volontairement mis à la suite du témoignage.
HISTOIRE
La BAC est issus de la brigade de surveillance nocturne (BSN), qui comme leur nom l'indique n'opérait que de nuit - le changement de nom a donc coincidé avec une extension du mandat.
La BAC de nuit fut créée en 1971 avec pour objectif de lutter plus efficacement contre la criminalité. Opérant entre 22:30 et 06:30 du matin, deux cents flics en tenue étaient en post sur Paris et pouvaient être regroupés trés rapidement pour faire face aux situations de troubles de l'ordre public.
Depuis avril 1996, les BAC de jour luttent contre les délits sur la voie publique dans les zones les plus sensibles du pays. Les interventions des 156 policiers en tenue qui y sont affectées s'inscrivent en plus de celles menés par les commissariats. En fonction des événements, chacune des brigades s'organise en patrouille légère ou en unitée constituée.
STRUCTURE ET FONCTIONNEMENT:
Il y a plusieurs types de BAC: les bac départementales et les bac locales (ces dernières travaillant en milieu urbain), chacune d'elle pouvant travailler avec un roulement de jour et de nuit. Les cycles et les horaires de travail sont adaptés aux évolutions de la délinquance, analysée quotidiennement avec l'aide d'un système cartographique.
La bac traite la petite et moyenne délinquance: agressions, vols en flag', vols de voitures, violences urbaines, drogues.
FORMATION:
Les hommes de la bac reçoivent une formation continue. Les policiers sont tous des volontaires et passent des tests psychologiques. Ils doivent avoir une bonne connaissance policière et être trés pointus en procédure.
Pour intégrer les bac, il faut bien sûr réussir le concours de gardien de la paix, être de nationalité française, avoir entre 17 et 28 ans, un casier judiciaire vierge, et mesurer au moins 1m60.
Au bout d'un minimum de 2 ans d'ancienneté, le policier peut postuler à un poste à la bac, et la selection se déroule sur entretiens et épreuves physique sur certains départements. Les policiers restent à la bac un maximum de 9 ans, en trois périodes de trois années, chacune soumise à un test de recyclage. Les épreuves d'habilitation bac sont centrés sur deux ateliers d'auto-défense notés sur 20: mise en situation de coups frappés et combats au sol.
mise en situation: sur deux minutes les candidats sont notés suivant une grille d'évaluation, les techniques employés par les candidats sont celles décrites dans le manuel. une seule minute de récupération est accordée avant de procéder aux combats au sol.
combats au sol: les deux candidats se présentent à genoux face à face. Ils devront tenter d'immobiliser leur adversaire sur le dos. L'immobilisation devra être maintenu 10 secondes pour pouvoir être validée. Il est strictement interdit de se mettre debout, d'utiliser des clefs et étranglements. on a pas le droit non plus de pleurer, de tirer les cheveux, etc...
LES INSIGNES:
Chaque brigade adopte un insigne généralement animalier. Dans le bestiaire on trouve quelques fauves, des cobras, des aigles, et beaucoup d'araignées, il y a aussi des chauve-souris avec des immeubles d'HLM en arrière plan. Tonfas et menottes complètent la panoplie.
